Un soutien aux régimes qui noient toute contestation dans le sang

Publié le par ADNAND

SOMMET FRANCE-AFRIQUE
La politique africaine de Jacques Chirac a-t-elle constitué une rupture avec les relations établies par les précédents gouvernements français avec l'Afrique ? 

- C'est une continuité totale. Le premier acte de Jacques Chirac en tant que président a été de rappeler Jacques Foccart, le conseiller spécial du général de Gaulle chargé des affaires africaines. Ce rappel a été plus qu'un symbole. 
Prenons l'exemple de la taxe sur les billets d'avion, que le président français revendique avec force. Tout le monde sait qu'il s'agit d'un gadget. Si on compare l'argent qui sera récolté par cette taxe aux sommes qui sortent d'Afrique, on se rend compte de l'aspect totalement dérisoire de cette mesure. Nombre d'économistes vous diront que les flux financiers qui sortent du continent sont quatre fois plus élevés que ceux qui y entrent. La pauvreté est une mécanique, elle est la conséquence d'un système qu'on alimente. 

Que pensez-vous des critiques, émanant notamment de l'opposition en France, sur la perpétuation, pendant les deux mandats de Jacques Chirac, de la "Françafrique" ? 

- Ce qu'on appelle la Françafrique désigne justement les relations établies par Foccart dès la naissance des pays africains dits indépendants. Des relations occultes, soumises à des traités de défense secrets, qui s'appuient sur une complicité avec des hommes politiques corrompus qui n'ont de comptes à rendre à personne. Ces dirigeants choisis par Foccart restent en place tant qu'ils servent les intérêts de la France, et un coup d'Etat permet de les déloger quand ils ne conviennent plus. On peut citer comme exemples Omar Bongo au Gabon ou encore Houphouët Boigny en Côte d'Ivoire. Loïc Le Floch-Prigent lui-même (ex-PDG d'Elf, ndlr) avait déclaré qu'aucun gouvernement n'était au pouvoir en Afrique sans l'accord d'Elf. Il est de notoriété publique que la compagnie pétrolière a été créée pour être un instrument de la politique française en Afrique. 

Aujourd'hui, de quelle nature sont les échanges entre la France et le continent africain ? 

- Demandez à l'homme de la rue au Gabon, au Cameroun, si la France est aimée et vous aurez un aperçu sur la nature des liens réels entre les Africains et la France. Malheureusement, ce genre de micro-trottoirs n'est jamais effectué, et après on se lamente en découvrant que la population africaine est anti-française. Un seul exemple pour la nature des relations commerciales: l'exploitation par la société Cogema des sous-sols du Niger, deuxième producteur mondial d'uranium. En toute impunité, cette société s'alimente en minerais dans les conditions qu'elle désire, ce qui permet à l'électricité française d'être à 90% nucléaire. A titre de comparaison, le taux d'électricité d'origine nucléaire des autres pays développés atteint en moyenne 20%. 
Ce que souhaitent les Africains, c'est disposer de libertés et de droits civiques élémentaires, et en premier lieu le droit de vote. En ce sens, ils sont attentifs aux enjeux électoraux actuels de la France, qui détermineront en grande partie leur propre avenir. Les associations et les ONG qui travaillent en Afrique revendiquent une politique transparente du gouvernement français. Ils demandent que la France n'apporte plus son soutien aux gouvernements qui noient toute forme de contestation dans le sang, tels celui du Guinéen Lansana Conté ou du Tchadien Idriss Déby, tous deux invités au sommet de Cannes. 

Propos recueillis par Solène Cordier 
(le jeudi 15 février 2007)

 

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